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Le laid complète le beau bien plus qu’il ne le contraste, l’interpénètre au point de ne s’en distinguer qu’aux yeux de ceux qui ne voient au profond. Car même l’abîme a son art. Car même le chaos a son ordre. Car la lumière n’existe que par les ténèbres, comme les ténèbres n’existent que par la lumière. Et ainsi sont les choses, d’une dualité d’apparence, d’une singularité occulte. Le bien et le mal, le plus et le moins, le fort et le faible, … des choses bien relatives qui n’existent que de manière circonstancielles, par construction d’esprit, par un désir d’absolu qui descendrait jusqu’à la fange dans laquelle nous préférons trop souvent nous vautrer plutôt que de monter jusqu’à lui. De modéliser le monde au simplissime, s’enfuit la réalité bien au loin. Pourtant, qu’il est d’effort d’échapper à la mécanique ordinaire de notre esprit tant habitué.

Et c’est sans compter les allégeances à l’affect, qu’au lieu de prendre pour monture nous lui en servions. Huuuuuh Huuuuuuuh dada !!! L’égo prétentieux qui se veut empereur omniscient blazé n’est en réalité qu’à quatre patte à se faire monter par son animalité surmembrée qu’il cherche désespérément à fuir de honte lorsqu’il ne s’y exagère au vice. A péter plus haut que son cul, on s’envole certainement, mais on n’échappe à la gravité qui bien vite nous met face à terre d’avoir voulu lui mettre un doigt au fion. Et de courir à la liberté pour la liberté, à la jouissance pour la jouissance, à la matérialité pour la matérialité, on en finit dissous dans la superficialité. Qu’il est beau notre roitelet de pacotille sans la forme pour lui donner grandeur, à se débattre fièrement dans les excréments de sa bêtise. Oui, de contraster le laid et le beau tout finit renversé.

Séparer, regarder au détails, n’effleurer que la surface du pétale, le voir se faner. On ne comprends l’arbre à n’en regarder que l’infinitésimal, à coller son écorce, à critiquer ses ramures. Oui, au plus près, les choses se distinguent en une multitude d’uniques qu’on ne peut les compter, mais à distance suffisante, toute forme se résume à un point, tous étant pareils, indistincts, et ces points les uns aux autres se lient et nous donne en spectacle un tableau qui nous fait réaliser que tout est dans tout, Ouroboros. Ce qui diffère ne le fait qu’aux petites échelles, faciles à gravir mais qui ne mènent pas bien haut, aux échelles plus grandes, les similitudes. Ce qui est seul n’est séparé qu’à petites grandeurs, les êtres forment un graphe connexe, l’univers. Mais si l’on plonge au dedans, ce qui de loin est point, de près est forme, là devient espace, espace remplit de points, de points qui deviennent formes, univers, connexe toujours, à nouveau l’Ouroboros. Ce qui est en bas est comme ce qui est en haut, et inversement. Le dedans est à l’image du dehors, et inversement. Et s’exprimer, c’est chercher à faire correspondre, c’est connecter les similitudes. Si de notre bouche ne sort jamais que les ruptures, les ruptures feront loi. Si dans notre univers n’a de place la profondeur, la profondeur finira inatteignable. Superficialité, éphémérité, la dissolution n’est alors qu’effet mérité, car chaque chose en le monde a pour but le monde et ce qui n’en reproduit l’image est voué à l’inutilité, et à l’inutilité l’extinction. Le cancer tue son origine pour n’avoir comme finalité que la mort, la sienne advient avec celle du corps. Oui, de contraster on sépare, de séparer on finit séparé, d’être séparé de ce qui nourrit apporte la mort.