Fuite, repli et agression

Une expérience en trois phases autour d’une cage au sol conducteur en deux compartiments électriquement isolés l’un de l’autre, A et B, séparés par une porte, un lieu sûr et un lieu hostile, nous sommes dans les années 70 et Henri Laborit va nous montrer une série de phénomènes liés à la somatisation … mais finalement pas que : c’est aussi un peu de sociologie qui sortira de ces cages.

PREMIÈRE PHASE

Un rat est placé dans la cage. Périodiquement marquée par le retentissement d’une sonnerie annonçant l’arrivée du courant pour quelques instants en A afin d’induire un conditionnement. Le rat ne tardera pas à fuir en B le temps que l’orage passe.

DEUXIÈME PHASE

Mêmes conditions, avec cependant B rendu inaccessible : plus de fuite possible. À chaque coup de cloche, notre pauvre ami se figera, et souffrira sa peine. À force, il se laissera dépérir, et son corps en sera le premier témoin. C’est l’inhibition de l’action (repli sur soi selon certains auteurs dont Catherine Aimelet-Périssol).

TROISÈME PHASE

Pareillement que lors de la deuxième phase, si ce n’est l’apparition d’un compagnon. Cette fois-ci, à chaque alerte, les deux rats se mettront systématiquement à se battre. Ne pouvant fuir leur cauchemar, l’agression est instinctivement préférable au repli sur soi.

À notre niveau, nous vivons dans des boîtes B et travaillons dans des boîtes A, mal isolées l’une de l’autre, et rendues inaccessibles le temps du travail ou du chômage (dans ce dernier cas, A se confond en B).

Mal isolées car le travail (ou son absence), dans notre paradigme sociétal, fait partie intégrante de notre identité, parce que nous sommes ainsi faits que nous avons la tendance à emporter avec nous nos problèmes, et parce que notre salaire nous place parfois en face de problèmes nouveaux, domestiques ceux-ci. Il y a encore d’autres raisons possibles à cette mauvaise isolation, comme un travail qui empiète sur notre vie privée par exemple.

Le courant qui passe en A, c’est un mélange de compétitivité, de précarité de l’emploi, de conditions de travail stressantes, de collègues qui ne s’entendent pas, d’un salaire qui n’assure pas forcément notre intégrité (physique, morale ou autre), de tâches ingrates, insignifiante, ou tout simplement difficile à vivre. Pour le chômeur, ce sera plutôt la perte de sa dignité par le regard jaloux ou méprisant de certains, le fait de ne pas pouvoir subvenir à tous ses besoins, etc.

Alors ce qu’il ressort également de ces expériences, selon moi, c’est également une explication supplémentaire sur l’augmentation des dépressions, phobies sociales, belliquosités diverses. Nous vivons trop de stress, et n’avons pas forcément la possibilité de l’éviter (sauf si on est suffisamment riche ou entretenus). Ainsi, tant que nous poursuivons cette voie, il y aura toujours plus de repli et toujours plus de violence, jusqu’à ce qu’un jour se déchire le tissu social que nos ancêtres ont mis si longtemps à travailler.

Bon, j’ai fait un petit effort documentaire cette fois-ci, et vous apporte deux liens parlant un peu plus longuement du Pr. Henri Laborit, de ses traveaux et de l’expérience dont je vous ai parlé. Sympa le Neb’, non? =P

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