De la tyrannie banale ou du snobisme quotidien

Il est un lieu idéel où tout être est égal. Un lieu où l’on emploi l’article indéfini pour ne pas les distinguer. « Les êtres ». En l’origine du tout abstrait, tout égale est, mais à mesure que le concret réduit les possibles, l’égalité elle-même se fragmente et se réduit en relations1 diverses. Et tout en le concret est ainsi relatif à quelconque autre, servant de référent, et pour cela je l’appellerai le Relatif, par opposition à l’Absolu de l’abstrait total, du confus, du prime émergeant, du big bangesque état suivant l’expression du potentiel – l’Absolu restant la question à laquelle le Relatif apporte l’affirmation.

Les êtres finissent donc déchus dans la comparabilité nécessaire de pondérations résultantes afin que le concret puisse exprimer sa nature profonde : le formalisme des frontières précises et des spécifications qui distinguent, séparent. La forme alors s’y réduit en même temps que les libertés, les possibles, et bornent les êtres d’autant plus en une expression particulière du potentiel initial. Prisonnier devient alors celui qui oublie d’où il vient et surenchérit par des rapports1 à la mathématique obscure et douteuse. Et pourtant nous en sommes encore à nous laisser duper par nos relations d’ordre biaisées et inintelligemment normées à l’absurde. Nous construisons sur elles des hiérarchies que l’on feint de par fausse noblesse snob vouloir ou de soit par inconsciente ignorance soit par serpentine mauvaise foi connaître lorsqu’on prend l’ascendance, et que l’on pointe d’un doigt menaçant lorsqu’on la subit. Et dans cette pyramidale mascarade de nombrilismes tyrans en parallèles servitudes chéries à corps défendues, le bonheur des uns se construit sur le malheur des autres en sommes de rancœurs, de la forme d’un pétard, et de larmes, qui en mouille la mèche, et le cœur s’y durcit au point de s’y pétrifier à jamais en la mort de l’âme et la naissance d’une bestiale et cynique machine à compter, comparer le prix du sans valeur2. Voilà l’ordonnancement de ceux qui se mènent eux-mêmes en bateau dans ce jeu de trône musical3 en strass et paillettes pour les hauts, en bière-foot-chips pour les bas, et en bien basses intrigues de poignards dans le dos pour tous. Voilà la folie sociale réduisant tout rapport humain à un rapport de force, un combat pour le respect de nos formes qui se contractent en un poing sans mots possibles pour les opprimés ou s’étiolent en creuses bouffées de ricanement hautains pour les impériaux.

En tout rapport humain existe un rapport de forces, une évaluation verticale. Une main écrasante sur l’épaule, le rappel de la liberté, la parole que l’on vole, celle qu’on accorde pas, les silences volontaires en réponse aux questions même banales, le flou dans lequel on plonge l’autre, les conseils que l’on donne sans qu’ils nous soient demandés, un regard haut perché, la condescendance, les systématiques indifférences, la pitié, les remarques sur la manière dont on mène sa vie, les attitudes envahissantes, nos libertés qui empiètent sur celles des autres, et tant d’autres petits gestes aux allures anodines et qui sont pourtant autant de signes de domination, consciente ou non, minimisant l’autre au point de le rendre insignifiant ou juste contrôlable. Imposer ses goûts, ses humeurs, ses envies, ses opinions … imposer plutôt que de proposer, encore et encore imposer, imposer toujours, s’imposer, à la moindre occasion, dans un opportunisme sans bornes d’un moi-je-isme excessif comme si nous étions tous le seul et unique centre véritable du monde, comme si on ne pouvait exister en dehors de l’autorité qu’on exerce … et je repense à ses pétasses et leur petit chien humanisé sans défense dans le petit sac à main, aux fourrures et à tout ce que la bourgeoisie nous a apporté, elle, jalouse de la noblesse qu’elle ne sera jamais. Et je repense donc aux modes, ces outils d’organisation sociétale, ces choses infectes pour la plupart qui n’opèrent par elles-mêmes mais par le biais de leurs suiveurs, dans un sens, et celui de leurs détracteurs, dans l’autre, donnant naissance à une contre-mode, une mode donc, mais duale. Mais pire encore, parce qu’issue d’un « idéal », la mode fait s’identifier à elle ses moutons, ou par opposition à elle ses loups, et au plus l’identification est forte et au plus le fanatisme l’emporte, et au plus les jugements seront pointus, meurtriers, et au plus les rapports seront contrastés, et au moins sera remise en cause la pertinence de cette gradation au final dégradante pour tous. De toute façon, tenons-le nous pour dit, dans une société de la compétition à tout va, surtout entre esclaves qui s’ignorent, tous les moyens sont bons pour se rapprocher du patron ! Les hommes-des-arbres naissent ainsi et sont ceux-là même qui ont pour préoccupation première (chuuuuuuut, c’est inconscient ;p) de jouir au foutre qui jaillit du confort de chier sur tête d’autrui tout en maintenant la leur propre !

Et je m’arrête ici car je viens de me claquer la veine du front XD
Bisous !

1 : relations et rapports au sens mathématique.
2 : clin d’œil à Oscar Wilde pour son bon mot « Le cynisme connaît le prix de toute chose et la valeur d’aucune ».
3 : clin d’œil à une céleste personne qui se reconnaîtra ;)

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21 réflexions au sujet de « De la tyrannie banale ou du snobisme quotidien »

  1. c’est fou ce que je kiffe de tes écrits…. sans aucune démagogie… d’une réalité pure… je me sens dans un autre monde le mien…. la pleine conscience….
    qui font de ces maux… des mots en résonnance absolue de l’illusion….
    grand merci…. tout ce qui est sincère est vrai…. et peu l’exprime en ces termes…
    en poésie dite de grande sensibilité….en tambour battant…sur un fil de grande source……. comme effleurer d’un touché du doigt une peau….

    Aimé par 3 personnes

  2. A reblogué ceci sur lacroisadedesjeuxet a ajouté:
    Continu de t’exprimer comme ça. Je suis certain que tu ouvres les yeux à certaines personnes sur beaucoup de choses. Il faut se lever et surtout rester debout. Ne pas se laisser abaisser par autrui. Il est très facile de dire des méchancetés et de piétiner quelqu’un. De les faire sentir inférieur à quiconque. Mais déposer un geste de générosité, donner son opinion sans massacrer celui de l’autre ou simplement sourire à quelqu’un, peut s’avérer extrêmement difficile pour ces hommes-des-arbres. Connaissent-ils simplement ce que c’est de poser un geste humanitaire ? Et ceux qui se laissent mener par le bout du nez, ceux qui ne semble pas avoir d’opinion propre. Les suiveurs qui acquiescent tout ce qu’on leur dit. C’est décevant ! Nous devrions être tous individualisme mais beaucoup se referme sur eux et n’ose pas dire tout haut ce qu’ils pensent.
    Alors, si nous pourrions être plus nombreux à penser comme toi, pour dénombrer ceux qui n’en font qu’à leur tête sans se soucier du rebondissement que cela peut avoir, la Terre tournerait un peu plus ronde !
    C’est mon avis à moi. Mais on dit qu’il faut toute sorte de personnes pour faire un monde. Peut-être…mais il en faudrait plus comme toi mon ami.
    Chapeau!

    Aimé par 3 personnes

  3. Je n’avais pas vu ce billet…mes yeux se ferment mais j’ai lutté pour lire et j’ai raison c’est fort ! Pardon, c’est puissant et emmerdant mais vrai ! Je viens relire demain…enfin plus tard …:)
    «Ne dis pas : «Je fais de la philosophie» ; dis : «Je m’affranchis» Épictète
    Serait-ce le retour d’Épictète parmi nous humbles terriens en proie à nos tourments existentiels ? Hum cela te vas à merveille cette maxime de l’esclave affranchi, je trouve… ! :*
    Marie♥

    Aimé par 2 personnes

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